Projet d’agroécologie forestière sur le Bongolava. Rapport de visite du 22 /05 au 11/06/ 2025, à la demande du Petit Baobab 38.

Objectif : suivi de projet à la fin du deuxième exercice.

Dominique Brunet

Historique et contexte du projet

Le projet d’agroécologie forestière a débuté en juillet 2023 avec un objectif de répondre à la demande de 2 communes : Bemahatazana et Ambararatabe, de participer à une reforestation des terres disponibles.

En effet, sur le Bongolava, les plateaux sont très souvent couverts de graminées et les arbres sont absents ; ce qui contribue à augmenter l’impact du changement climatique que subissent les populations et l’environnement.

Participer à ramener une couverture végétale permet de lutter contre l’érosion, de rétablir des sols fertiles, de participer à de meilleures conditions sanitaires et alimentaires des populations et à une augmentation des revenus familiaux par la vente de produits (fruits, bois, fourrages…).

Problématique de cette visite

D’une façon générale, les agroécologistes du RAESF effectuent 2 visites de terrain par an. C’est à la fois un accompagnement en agroécologie du projet et une représentation sur place du Petit Baobab 38, basée à Grenoble, qui est le maître d’œuvre du projet.

Chaque visite peut aussi être l’occasion de travailler un aspect particulier.

Cette fois-ci, le séjour a été l’occasion de faire des comptages concernant le taux de reprise des arbres.

RAESF : Réseau des AgroEcologistes Sans Frontière.

Les comptages

Le taux de reprise est important, c’est un indicateur essentiel de la réussite du projet. En effet, nous voyons sur place beaucoup d’initiatives de plantations dont 90% des plants n’ont pas survécu dans les premières années. Planter des arbres est un acte indispensable mais celui-ci perd énormément de son intérêt si les plants n’arrivent pas à l’âge adulte.

Sur ce projet, nous avons fixé le taux de reprise en année 2 à 80%. Pourquoi en année 2 ? Tout simplement parce qu’à la fin de la première année, ils vont devoir passer la saison sèche. C’est donc après cette saison sèche qu’on va pouvoir juger du taux de reprise. Le comptage s’effectue en calculant le nombre d’arbustes manquant dans les trous de la plantation en année 1. Si le trou est vide c’est que le sujet n’est pas reparti après la saison sèche. Il suffit de faire un % entre le nombre de trous vides et le nombre de trous réalisés à l’époque de la plantation.

Programme du travail au cours de cette visite

Compte rendu proprement dit, parcelle par parcelle visitée, avec conseils et prescriptions en co-réflexion avec les techniciens ; et comptage des taux de reprise sur les plantations de 2023-2024.

Visites

Lundi 26 mai

Bemahatazana, commune d’Ambatofotsy Est.

Tahiry, paysan planteur

Il a bénéficié en 2024-2025 de 500 pieds de Tamariniers.

La parcelle est bien nettoyée en ce début de saison sèche. Le paillage est constitué des herbes sauvages et adventices arrachées et regroupées autour des tamariniers. Il n’y a pas eu de sarclage autour des pieds avant le paillage.

C’est une pratique agricole supplémentaire qui permet d’éviter une sécheresse trop rapide en ce début de saison sèche. Cette pratique doit être rappelée par les techniciens de l’APDIP lors des sessions de formation. (APDIP : Association Pour le Développement Inter-Professionnel, structure agricole basée à Tsiroanomandidy, chef-lieu du Bongolava.)

Nous rappelons aussi à Tahiry l’importance des pare-feu autour des parcelles, notamment de la sienne, pour éviter les feux de brousse fréquents dans la saison sèche à venir.

Cette parcelle serait intéressante, lors de la prochaine visite, à regarder le taux de reprise en seconde année culturale.

Mme Soary, pépiniériste

Mme Soary a produit 900 plants en 1ère année et 3 000 en seconde année, notamment des acacias et des tamariniers. Tous ces plants ont été achetés par le projet pour être distribués aux planteurs, essentiellement sur cette commune.

Ce sont 3 planteurs d’Ambatofotsy et la colline de la municipalité de Bemahatazana qui en ont bénéficié.

A noter qu’elle a aussi produit 300 plants supplémentaires pour elle- même, essentiellement des tamariniers, manguiers, moringas, jacquiers, acacias.

On ne peut qu’encourager les pépiniéristes à produire davantage que ce qui leur est promis en termes d’achat par le programme. Par la plantation sur leurs propres terres ou par la vente et ainsi par une augmentation de leurs revenus, c’est tout à fait dans l’esprit du projet de participer à un reboisement du Bongolava.

Les 300 arbres qu’elle a produit pour sa plantation sont sur une parcelle un peu éloignée et nous n’aurons pas le temps d’y passer.  Elle n’a pas trop le temps de s’en occuper et reconnaît que quelques plants sont morts.

Avec Tefy, le technicien de l’Apdip, nous mettons une priorité là-dessus pour une prochaine visite de suivi.

Nous lui expliquons que le programme d’une 3ème année sur Bemahatazana verra un nombre de plants moins important achetés aux pépiniéristes, ceci dans un souci de déplacer le programme vers d’autres communes et d’inciter à une plus grande autonomie des paysans dans la production et le reboisement.

Collège d'Ambatofotsy

200 acacias et une centaine de tamariniers ont été plantés en 2023-2024.

D’une façon générale, les plantations d’arbres demandés par les écoles, collèges et lycées servent bien sur à ombrager les cours et bâtiments scolaires mais aussi à sensibiliser les jeunes générations sur l’intérêt du reboisement. Les élèves sont amenés à participer aux activités d’entretien des plants si les responsables et professeurs sont eux-mêmes très motivés.

La 1ère difficulté à lever consiste à l’entretien des arbres, notamment l’arrosage, pendant les vacances scolaires qui correspond au début de la saison sèche.

Concernant ce collège, en 2ème année de plantation, la plupart des arbres ont atteint une belle taille.

Nous relevons quelques acacias qui ont des branches cassées ; d’autres dont le bourgeon terminal est  supprimé. Le Directeur étant absent, nous faisons le point avec le représentant des parents d’élèves.

Nous insistons sur le besoin de pailler fortement les jeunes arbres pour les aider à passer le mieux possible la saison sèche.

Commune de Bemahatazana, rencontre de l'adjoint au maire et visite de la colline

Nous rencontrons l’adjoint au maire dans son bureau.

Après quelques présentations et retours sur les objectifs du projet, le maire propose à 2 jeunes de la commune de nous accompagner pour regarder l’évolution du reboisement de la colline. Cette colline surplombe l’agglomération de Bemahatazana.  De part sa situation, elle peut être un bon exemple d’une reforestation réussie. Autrefois c’était une zone très boisée.

500 plants forestiers ont été fournis en 2023-2024 et autant cette année. D’après le maire, c’est la population du fokontany qui doit s’occuper de l’entretien. Un comptage est mis en place sur la plantation de la 1ère année. Comme indiqué au début de ce document, ce sont les taux de reprise de la 1ère année qui sont significatifs. Le comptage s’avère difficile dans la mesure où les graminées sont très hautes et Tefy me dit que certains plants manquants de la 1ère année ont été remplacés lors de la seconde plantation. Néanmoins nous effectuons le comptage sur 2 lignes de plantation perpendiculaires à la pente.

Sur une ligne de 41 trous, 8 arbres manquent à l’appel. Sur la seconde ligne de 54 trous, c’est 10 arbres qui sont manquants.

Ce qui nous donne un taux de réussite de 81%. D’une façon générale, dans tous les comptages, nous enlèveront 5% de marge d’erreurs ( trous refermés, mal faits, glissement de terrain, bouchés par la végétation…). Sur cette colline, nous sommes donc à 76% de réussite, ce qui est plutôt bien pour une réalisation collective.

Ecole primaire luthérienne

Rencontre d’un professeur et du représentant des parents d’élèves.

100 pieds d’acacias, de moringas, de neems, de terminalia mantalys ont été plantés en 1ère année.

La parcelle est petite mais apparemment beaucoup d’efforts ont été faits car les arbres ont bien grandi. Le comptage effectué nous donne 7 arbres manquants sur 48 trous observés, soit 81,5%. Là encore, Tefy redonne les conseils habituels, surtout un peu d’entretien pendant les vacances scolaires.

Mardi 27 mai

Dieudonné, paysan-planteur à Ambatomiraka

Petite plantation de 50 arbres en 1ère année et de 100 en seconde année , essentiellement des jacarandas, des acacias, des corossols, des manguiers .

Un comptage est fait sur la 1ère année. Sur une ligne de 26 trous, 6 sont vides, ce qui nous donne un taux de reprise avec ma marge d’erreur de 5% de 73,5%.

Lycée de Bemahatazana

Nous rencontrons le proviseur du lycée ainsi que Harena, professeur. Le lycée avait été informé de notre visite.

Nous avons eu droit à un discours d’accueil de la proviseure , d’un élève ainsi qu’une démonstration de danse traditionnelle donnée par les lycéens.

Le lycée possède un grand terrain et un projet de reboisement et d’agroforesterie est en cours.

Les lycéens sont motivés par leurs professeurs et en premier lieu par Mr Harena.

Une centaine d’arbres ont été donnés au lycée. Les responsables nous en demandent davantage pour l’année prochaine.

Belle plantation globale avec paillage, arrosage si besoin, désherbage.

Mr Harena demande le même matériel que les pépiniéristes pour pouvoir continuer le projet. Il souhaite aussi que les agroécologistes de passage lui amènent des livres sur l’agroforesterie, la plantation des arbres, ses bienfaits, etc.

Autant de choses à prendre en compte dans la mesure du possible.

Patrick José, paysan-planteur, à Ankijasoamanga, fokotany d'Andriambe

Il a reçu 120 plants en janvier dernier, essentiellement des acacias, des albizias, des corossols, des neems.

Particulièrement motivé, il souhaiterait en avoir 200 cette année. D’ailleurs les trous de plantations sont déjà faits.

Il s’est servi des acacias pour implanter une haie autour de sa propriété et souhaiterait finir cette année. Il propose de compléter avec des fruitiers : manguiers, agrumes, corossols…

Les acacias en bordure de chemin sont bien développés. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il garde les graminées sur pied autour des acacias tant que ces dernières sont encore vertes. Il  nous fait remarquer qu’on évite ainsi les feux d’herbes sèches en bord de chemin.

Durant nos visites, nous ne verrons pas beaucoup de trous de plantation faits d’avance. C’était pourtant un des engagements que les planteurs doivent mettre en place. En faisant les trous en avance, toujours en saison des pluies, la terre devient plus friable et la matière organique mise en profondeur a le temps de se décomposer.

Richard, pépiniériste, à Ankijasoamanga

Sa production a été de 5 000 plants cette année en respectant la proportion demandée de la moitié de fruitiers et de la moitié de forestiers.

Il se propose d’en produire 10 000 à la prochaine saison pour le projet «  Petit Baobab «  et 10 000 supplémentaires pour les vendre personnellement.

C’est vraiment un des objectifs du projet : donner envie à des pépiniéristes et des nouveaux pépiniéristes de produire en dehors du projet de façon à prolonger dans le temps les effets positifs de la reforestation. Richard produit pratiquement toute l’année. Il a actuellement 2708 plants en pépinière, notamment des acacias, des albizias, des avocatiers et des caféiers.

Au dessus de sa pépinière, Richard vient d’implanter une cinquantaine de caféiers pour l’instant,  car il compte en planter bien davantage par la suite. Ayant bien compris que les caféiers ont besoin d’ombre ( c’est une plante ombrophile ), il les a protégés par des petites « huttes » de brindilles et d’herbes sèches. Par la suite, il nous explique qu’il va les ombrager par une culture de manioc ; ensuite, en fonction de la pousse, par des bananiers et au final par des albizias, de façon que les plants soient toujours à l’ombre. Chez lui nous avons vu toute une pépinière de pins.

Cette essence de conifères n’est pas demandée par le projet . D’une façon générale, les conifères acidifient le sol et de plus c’est une essence non endémique de Madagascar.

Jocelyn, paysan planteur, à Amparihibe, fokotany d'Andriambe

Représentant des planteurs de la commune de Bemahatazana, Jocelyn, pris par d’autres occupations, n’est pas là. Néanmoins nous visitons sa parcelle d’agroforesterie.

Déjà l’année dernière il avait commencé à mettre en place des rangées d’arbres entre ses parcelles cultivées. Les rangées d’arbres ne sont pas complètes ; Jocelyn pense continuer cette prochaine année. Nous renonçons à faire un comptage car certains trous sont vides mais tout simplement parce qu’il n’a pas eu le nombre de plants voulus. Les arbres, bien alignés, sont tous sarclés et bien paillés. Globalement, nous voyons une parcelle agroforestière bien entretenue.

Comme d’autres planteurs qui veulent essayer la culture du café, les quelques plants mis en plein soleil ont les feuilles grillées.

Le technicien reparlera avec Jocelyn de cette problématique et de la façon d’y remédier.

Maharanger, paysan planteur à Andriambe

Ce planteur a reçu 100 arbres en décembre – janvier dernier, notamment des fruitiers : manguiers, papayers, corossols, agrumes, jacquiers, tamariniers…

Il les a protégés, notamment des animaux avec des bois et tiges souples de manière à faire comme une hutte. La protection est intéressante mais le paillage n’est pas présent. Lors des prochaines formations, Tefy devra bien insister là-dessus.

Jeudi 29 mai

Noël Ernest, paysan planteur, à Ambatomitsangara, Ambararatabe

300 arbres ont été plantés en décembre 2024 sur une parcelle en pente en séparant bien acacias, ficus et eucalyptus. Les eucalyptus n’ont pas été fournis par le projet, décision prise l’année dernière. Il les a achetés en direct à des pépiniéristes. Nous échangeons avec lui sur le fait de séparer les 3 essences qui n’est pas forcément une obligation. L’intérêt serait même de panacher pour davantage de biodiversité.Le nettoyage de la parcelle, après la récolte du riz, est commencée. Les herbes enlevées vont permettre de faire un paillage au pied des arbres.Nous sommes ici dans un projet d’agroforesterie car il va mettre du manioc et du soja entre les rangées d’arbres. Ces derniers sont déjà beaux pour une 1ère année de plantation.

Parcelle d'agroforesterie, parcelle hors projet Petit Baobab

Déjà visitée l’année dernière, cette parcelle privée hors projet représente un intérêt pour montrer ce qu’on peut obtenir concernant un bon entretien des arbres.

Projet pas forcément à la portée de tous les  paysans car c’est un industriel qui investit dans cette réalisation, mais il est intéressant de voir la capacité des arbres en termes de croissance dès la seconde année. Le responsable de la parcelle nous affirme que la fertilisation est uniquement organique. Les arbres sont arrosés régulièrement, la terre binée et mise en cuvette, les adventices sont bien régulées.

Jean, paysan planteur à Ambararatabe

Jean a planté 200 arbres en 1ère année et 100 cette année, essentiellement des acacias sur une parcelle de 70 ares. Il a réalisé un enclos avec des caféiers achetés par lui- même, bien protégés par l’ombre de manguiers. Il souhaite obtenir cette année 500 pieds au total dont la moitié  de cafés pour une autre parcelle. Bien sur au technicien de voir  la répartition et l’ombre de cette parcelle.

Jean Noël et sa femme, pépiniériste à Ambararatabe

Ils ont produit 4427 plants pour le projet et 2420 pour eux- mêmes. Il propose 12 000 pour cette année à venir. Nous lui disons que l’Apdip fera une répartition mais que ce ne sera sans doute pas aussi important. D’après lui, les 4427 arbres produits ont été distribués par l’Apdip à 14 paysans planteurs. Un peu de maladie fongique sur les plants de papayers. Il a traité avec des décoctions de neems. Pour la prochaine saison, il demande des gaines plus petites pour les arbres forestiers car pas besoin de mettre autant de compost, d’après lui.

Il nous demande de lui ramener des photos l’année prochaine.

Il se propose de produire des plaqueminiers (kaki) pour le projet. Bien entendu, accepté.

Vendredi 30 mai

Maurice, pépiniériste

Sa production a été de 6000 plants pour Le Petit Baobab et de 11500 produits et vendus par lui- même.

A noter qu’il travaille en famille ( ses enfants ) et avec des tâcherons. Les 6000 plants ont été répartis vers 25 paysans planteurs. Il reconnaît que si les planteurs ne trouvent pas suffisamment de plants pour chez eux ils viennent lui en acheter en direct. C’est exactement la direction à prendre  à moyen et long terme. Il nous soumet une idée : organiser un voyage d’études pour les pépiniéristes pour acquérir de meilleures compétences en allant visiter les pépiniéristes d’Antsirabe.

A voir par la suite si les financements le permettront.

Haja, paysan planteur et pépiniériste à Ambatomitsangana, Ambararatabe

Parcelle de 200 arbres en 1ère année et de 350 en deuxième année. Entretien correct de la parcelle. Plants en 1ère année déjà bien développés et ceux de deuxième année, plantés en association de manioc bénéficient de l’entretien de la culture. Un comptage est fait sur ceux plantés en 2023-2024.

Un 1er comptage nous donne 94% de réussite ; un second nous donne 87%. Ce qui nous donne 85,5% de moyenne en affectant un taux d’erreur de 5%.

En tant que pépiniériste, il a produit 2200 plants de paulownias, agrumes, tamariniers, corossols, papayers qui lui ont été achetés par le projet. Tefy lui explique clairement qu’il ne peut pas à la fois faire des plants pour le projet et en parallèle recevoir des plants pour lui-même. Pour l’année à venir, il souhaite en produire 1000 pour lui- même et 200 pour Le Petit Baobab. S’il en fait pour lui-même pour sa propre plantation, alors pas de souci.

Ranjasoa, paysan planteur à Ambatomitsangana, Ambararatabe

Parcelle en bord de route. Il nous explique qu’il ne met pas de paillage par peur de feux mis en bord de route. 150 plants en 1ère année ; 200 cette année. Il accepte tout de même de faire un sarclage pour ceux qui sont à l’intérieur de la parcelle.Il souhaite continuer en plantant 400 arbres la prochaine fois.

Philémon, paysan planteur à Ambatomitsangana

Parcelle bien entretenue, avec un très bon paillage. Un comptage donne 98% de réussite. C’est sur une parcelle de 100 arbres donc à relativiser mais cela montre qu’on peut arriver à de très bons taux de réussite.

Roger Luc, paysan planteur à Ambatomitsangana

500 arbres ont été plantés en 1ère année. La priorité pour lui, c’est de faire des pare feux.

On a relevé des attaques de cochenilles blanc sur les eucalyptus. C’est une des raisons pour laquelle nous n’avons pas accepté d’eucalyptus en deuxième année. Un comptage sur la parcelle nous donne un taux de réussite de 87%.  Nous avons toujours des taux corrects.

François d'Acy, pépiniériste à Ambararatabe

Il nous dit d’emblée que le fait d’être pépiniériste lui procure un revenu important.

Il a produit 1500 plants en 1ère année et 1860 cette année. Il en a aussi produit 1000 de plus pour lui pour la vente. Il se propose d’en faire 5000 à l’avenir. Tout dépendra de la répartition.

Dans ses propres champs, il a déjà commencé à planter, signe que le projet sensibilise et donne envie. Des planteurs sont venus lui demander de produire des caféiers. Toujours cette nouvelle donne …

Hervé, paysan planteur et maintenant pépiniériste, à Ambatomitsangana

En 2023, il a reçu 100 plants du projet Petit Baobab. Ce qui lui a donné envie de devenir pépiniériste. Il a produit 2400 plants d’arbres en 2024-2025. Cette prochaine saison, il se propose de faire 3000 pour le projet et 2000 supplémentaires pour lui-même, à la fois replanter chez lui et en vendre.

Méline, vice-présidente de l'Apdip, paysanne planteur et pépiniériste

Nous trouvons le mari de Méline et les enfants en train de nettoyer la parcelle qui a été plantée en 2023-2024, parcelle de 1000 arbres.
La récolte du riz n’étant pas terminé, la famille n’a pas eu le temps de s’occuper correctement de la plantation. De plus, Méline est bien occupée par ses responsabilités. Elle n’a pas beaucoup de temps pour s’occuper de la parcelle tout au long de l’année. Le comptage nous donne 80% de réussite ce qui nous donne un taux de 76% au final. Un pourcentage important d’arbres sont restés petits, même au bout d’1 an. Le terrain est en pente, très rocailleux. Sans doute une des raisons.
C’est une parcelle à suivre de près en termes de réussite à moyen et long terme. Elle a planté 600 arbres cette année sur une autre parcelle. Elle aussi est devenue pépiniériste pour le projet avec 2000 plants cette année dont 1400 pour le projet et 600 pour elle- même. Si besoin, elle se propose de produire 5000 plants dont 4000 pour le Petit Baobab et 1000 pour la seconde parcelle.

Jean Rambelo, paysan planteur à Ambararatabe

Jean a planté 800 arbres cette année sur 2ha avec une très grande majorité de tamariniers.

La parcelle est super bien entretenue. Pour éviter les feux de brousse en bord de route, il a bien paillé les arbres mais a aussi recouvert cette paille de terre pour éviter le risque d’inflammation.

Il souhaite continuer de la sorte l’année prochaine. Nous l’alertons sur le risque de ne mettre que des tamariniers ce qui se rapprocherait de la monoculture. A suivre.

Samedi 31 mai

Morarano, Maritampona, association de femmes

OP (organisation de producteurs de l’APDIP) dont Emeline est présidente. 12 femmes et 1 homme sont présents.

Nous faisons une communication sur le projet qui pourrait démarrer en 2026 – 2027.

La présidente nous raconte qu’en arrivant ici en 2001 il y avait encore beaucoup d’arbres dans le paysage.  Emeline nous dit que sur le village il y aurait 4 pépiniéristes dont elle même. Elle a produit à titre personnel 1000 plants en 2023 et 3000 en 2024 qu’elle a vendu à des particuliers, essentiellement des goyaviers, des moringas, des papayers.

Si le programme se met en place à Morarano elle se propose d’en produire aux alentours de 5000.

Mardi 03 juin

Déplacement à Andriampotsy

Cette commune sera intégrée dans le programme en cette année 3, c’est à dire en 2025 – 2026.

Rencontre avec le maire et les habitants de la commune. 35 à 40 personnes assistent à la réunion animée par Simone, les techniciens Tefy et Mahandry et moi- même. Plusieurs pépiniéristes travaillent sur la commune, de bonne-augure pour l’année prochaine. Le maire pose la question des arbres qui, d’après lui, meurent souvent au bout de 4 à 5 ans. La réponse est qu’un arbre, c’est aussi une plante qui s’entretient, surtout quand elle est jeune : protection, arrosage, paillage, nettoyage…

Mercredi 04 juin

Déplacement à Kianjasoa, commune d'Andriampotsy

Ce village est partant pour intégrer le programme. Là aussi, nous organisons une réunion avec l’ensemble de la population. Une quinzaine de personnes sont présentes. Deux pépiniéristes assistent à la réunion.

Jeudi 05 juin

Charles, pépiniériste à Soamahatamana, commune de Tsinjoarivo Imanga

Charles a produit cette année 2500 plants pour le projet, notamment des caféiers, des neems, des acacias, des papayers, des jacquiers, des tamariniers. Il se propose d’en faire 5000 l’année prochaine.

Nous connaissons déjà sa parcelle en bas fond avec pas mal d’arbres fruitiers et son maraîchage.

Il nous montre des caféiers qu’il a planté sous les mandariniers. L’ombre est là mais sans doute pas suffisamment car des feuilles de caféiers présentent des brûlures.

Njaka, paysan planteur à Soamahatamana

Plantation de 200 arbres cette année ; souhaite pouvoir en planter 500 à la prochaine saison.

Sa parcelle est à l’intérieur d’une lavaka, effondrement de terrain. Intéressant car beaucoup de bananiers procurent beaucoup d’ombre. Des caféiers sont plantés dans cette lavaka.

Genie, paysan planteur à Soamahatamana

En bordure d’une lavaka, sur les hauteurs, Genie a mis 145 arbres dont 50 fruitiers et 95 forestiers.

Il en voudrait 300 par la suite pour compléter sa parcelle.

Initiative à suivre, un des objectifs étant de stabiliser la terre autour de la lavaka

Jacques et Bruno, paysans planteur à Soamahatamana

Belle parcelle bien entretenue et bien paillée de papayers et de bananiers. Ils ont obtenu 600 arbres dont 200 fruitiers et 400 forestiers. Il en souhaiterait de nouveau 700 à la prochaine saison de plantation. A aucun moment, chez tous ces planteurs, nous ne voyons de trous déjà faits. C’est une remarque qui amène à réfléchir sur la formation et le suivi qui sera fait par les techniciens.

Samedi 07 juin

Réunion du Comité de parrainage et de pilotage

 Présents à cette réunion :
Méline, vice-présidente de l’APDIP ; Simone, directrice de l’APDIP ;un membre du CA de l’APDIP ;  Tefy et Mahandry, techniciens de l’APDIP ; les maires des communes de Bemahatazana, Ambararatabe et Andriampotsy ; Tina, président de RENIALA ; la responsable de la DIRED ; Charles, paysan planteur à Tsinjoarivo Imanga et moi-même.

Un compte rendu est fait des visites de terrain effectuées depuis 10 jours. Nous présentons la méthode utilisée et les résultats des comptages faits sur les plantations de 2023-2024. Sur une dizaine de comptages (voir plus haut les détails), nous arrivons à un résultat de 86,9% et en enlevant un taux d’erreur de 5% nous avons un taux final de réussite de 82,56%.

Le projet s’est fixé un taux de réussite en année 2 de 80%. Nous sommes au-dessus, c’est donc un résultat tout à fait encourageant qui va nous permettre d’avoir une bonne base de départ et de continuer de plus belle pour élargir le projet à d’autres communes demandeuses.

Décisions à l’issue de ce comité devant être présentées et validées par Le Petit Baobab.

La première décision a été d’acter la très bonne évolution du projet et de tout mettre en œuvre pour accélérer son développement. Toutefois, compte tenu des exigences budgétaires, pour cette troisième campagne, nous étendrons les activités à une seule commune (et non deux comme prévu initialement) : la commune d’Andriampotsy.

La commune de Maritampona pourrait rentrer dans le projet l’année suivante en 2026 – 2027.

 

Décisions à propos de la production des plants et des pépiniéristes.

Cette année, nous allons reconduire le volume de la production sur la base de l’année précédente soit 55 000 arbres.

Puisque le volume est le même que l’année dernière et que nous étendons le projet à une commune supplémentaire nous devons diminuer le quota d’arbres attribué à chaque commune.

C’est aussi une façon de signifier aux communes qu’elles doivent dès maintenant arriver à être autonomes en termes de production et de plantation, le projet du Petit Baobab n’ayant pas vocation à prendre la place des initiatives locales. D’une façon mathématique nous sommes à 11 000 plants attribués à chaque commune. Le nombre de pépiniéristes et de paysans planteur n’étant pas le même d’une commune à l’autre, nous décidons de laisser à l’APDIP et aux techniciens le soin de faire une répartition équilibrée de l’ensemble du projet (commune, pépiniéristes, planteurs) qui tienne compte des réalités du terrain. A propos de la production, un pourcentage très important d’acacias a été produit cette année, certains pépiniéristes n’ayant produit que cette seule essence.

Nous demandons aux techniciens d’insister auprès des pépiniéristes pour que les productions soient d’essences variées afin d’œuvrer pour un maximum de biodiversité et d’éviter des situations qui tendent à la monoculture chez les planteurs. Chaque pépiniériste devrait s’engager à produire au moins 3 à 4 essences différentes et à ne pas dépasser 50% de plants d’une même essence.

Nous demandons aussi aux pépiniéristes de veiller à produire moitié de leur production en fruitiers et moitié en forestiers. L’année dernière nous avons demandé à ne plus produire d’eucalyptus. Cette année, en plus de l’eucalyptus, nous demandons à ne pas produire de pins, cette essence conifère acidifiant les sols et n’étant pas endémique de Madagascar. Concernant l’achat des plants, nous restons sur la base de l’année dernière soit 200 Ar le plant forestier et 400 Ar le plant fruitier, excepté le papayer qui, bien qu’étant un fruitier, sera payé sur la base d’un forestier soit 200 Ar.

 

Décisions à propos des planteurs et des plantations.

Nous rappelons que tous les paysans des communes concernées ont la possibilité de demander à faire partie du projet, qu’ils soient membres de l’APDIP ou pas. Les visites de terrain ont montré des situations différentes d’un planteur à un autre. Nous avons vu plus haut que le taux de réussite en année 2 est tout à fait satisfaisant. Les quelques parcelles visitées ont été peu impactées par les feux de brousse et les animaux. Les paysans ont tendance à mettre les arbres fruitiers près des rizières et des habitations pour s’en occuper plus facilement. Les arbres forestiers sont plutôt plantés sur les hauteurs et les pentes des collines de façon à constituer des massifs forestiers. Étant de nature plus rustique que les fruitiers, ils reçoivent moins de soins (arrosage, sarclage…) ils s’en sortent plutôt bien. Nous recommandons tout de même de veiller à un bon (et même très bon) paillage surtout en début de saison sèche pour les aider à passer cette période difficile et dans la mesure du possible de réaliser un binage avant de pailler de façon à combattre le dessèchement de la terre.

Remarque importante : contrairement à l’année dernière, très peu de paysans planteurs ont déjà fait les trous en vue de la prochaine plantation. C’est très important de réaliser les trous plusieurs semaines avant de planter. La terre peut ainsi s’effriter en profondeur et le fumier mis au fond du trou a le temps de se décomposer. L’enracinement n’en sera que plus facile pour le plant.

Il faut que les formations à venir insistent fortement là-dessus, et les visites de terrain des techniciens devront aborder systématiquement cet aspect prioritaire.

De plus les paysans planteurs, en décembre – janvier ne recevront des plants que si les trous sont déjà faits et en fonction du nombre de trous déjà réalisés.

Conclusion 

Ce compte rendu a été fait à la demande de l’association Le Petit Baobab 38 qui est le maître d’œuvre du projet.

Un grand merci à toutes celles et ceux qui m’ont permis de mener ce travail dans de bonnes conditions ; l’association APDIP, ses salariés et ses membres, les pépiniéristes et planteurs rencontrés, les responsables d’autres associations, de l’administration, les élus.

Par Dominique Brunet

La galerie de la mission